Un vieux poteau sombre au fond d’un jardin, une traverse récupérée pour border un massif : ces bois ont parfois été imprégnés de créosote, un produit longtemps apprécié pour leur résistance à l’humidité et aux insectes. Mais derrière cette durabilité se cachent des risques pour la santé et l’environnement. Voici comment reconnaître le bois créosoté, comprendre ses usages et savoir quelles précautions prendre avant de le manipuler ou de s’en débarrasser.
L’article en bref
Le bois créosoté dure longtemps, mais son aspect robuste ne doit pas faire oublier les précautions qu’il impose. Repères pour le reconnaître, l’éviter dans vos aménagements et gérer un bois usagé.
- Repérer le traitement : La créosote imprègne notamment les traverses ferroviaires et poteaux anciens.
- Comprendre les risques : Les hydrocarbures aromatiques polycycliques rendent l’exposition préoccupante pour la santé.
- Choisir le bon usage : Évitez de réemployer ces bois dans les aménagements domestiques.
- Éliminer sans danger : Confiez les pièces usagées à une filière adaptée aux déchets dangereux.
À retenir : un bois durable n’est pas forcément un bois anodin ; l’origine et le traitement comptent autant que son état.
Bois créosoté : définition et origine du traitement
Le bois créosoté est du bois imprégné de créosote, un liquide sombre et huileux issu de la distillation du goudron de houille. Utilisé depuis le XIXe siècle, ce traitement du bois protège efficacement contre les champignons, les insectes et l’humidité.
Cette résistance explique son emploi historique pour les traverses de chemin de fer, les poteaux en bois des réseaux électriques ou téléphoniques et certains ouvrages exposés aux intempéries. La créosote pénètre profondément dans les fibres : le bois traité peut donc garder des résidus longtemps après sa mise hors service.
Une créosote de goudron à ne pas confondre avec les dépôts de cheminée
Le terme désigne parfois aussi les dépôts goudronneux qui se forment dans un conduit de cheminée lorsque la combustion est incomplète. Ces résidus proviennent des fumées refroidies et condensées ; ils ne sont pas le même produit industriel que la créosote utilisée pour la préservation du bois.
Dans les deux cas, une matière sombre peut présenter une toxicité préoccupante, mais les situations diffèrent. Un vieux poteau traité relève de la gestion d’un bois imprégné, tandis qu’un conduit encrassé doit être entretenu pour limiter les risques d’incendie et d’exposition aux fumées.
Usages du bois créosoté et réglementation en vigueur
La créosote a longtemps été choisie pour les infrastructures qui doivent rester en place pendant des années, parfois au contact du sol ou de l’eau. Les traverses de chemin de fer et les poteaux de réseaux en sont les exemples les plus connus ; on peut aussi rencontrer du bois traité dans d’anciens ouvrages extérieurs.
Son usage n’est toutefois pas libre. Dans l’Union européenne, la créosote est soumise au règlement sur les produits biocides et son approbation est réservée à des usages professionnels strictement encadrés. La commercialisation ou l’emploi de produits créosotés par les particuliers est interdit ; les conditions applicables aux professionnels dépendent des autorisations en vigueur et de leur cadre national.
| Situation | Repère utile | Conduite prudente |
|---|---|---|
| Bois en place sur une infrastructure | Il peut s’agir d’un ancien traitement professionnel. | Ne pas le découper ni le déplacer sans consigne adaptée. |
| Traverse ou poteau récupéré | La surface peut laisser des résidus sur les mains ou le sol. | Ne pas le réutiliser dans un jardin ou une aire de jeu. |
| Bois devenu déchet | Il peut relever d’une filière pour déchets dangereux. | Demander les modalités au service local de gestion des déchets. |
Les règles évoluent et les autorisations ne signifient pas que tous les usages sont permis. Pour un chantier ou un stock ancien, vérifiez les consignes auprès de la mairie, de la déchèterie ou d’un professionnel de la gestion des déchets.
Les images anciennes de traverses réemployées comme bordures de potager sont fréquentes, mais elles ne constituent pas un modèle sûr. Le coût d’un matériau récupéré ne compense pas les incertitudes sur son imprégnation ni sur les résidus qu’il peut libérer.
Créosote : risques pour la santé et l’environnement
La créosote de goudron de houille contient notamment des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), parmi lesquels le benzo[a]pyrène. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classe cette créosote comme probablement cancérogène pour l’être humain. Le risque dépend notamment de la durée et de l’intensité de l’exposition.
Le contact avec la peau, l’inhalation de poussières ou de vapeurs, et le transfert de résidus vers la bouche sont des voies d’exposition à éviter. Un bois créosoté peut aussi contaminer localement le sol, surtout s’il est découpé, poncé ou laissé au contact direct de la terre.
Précautions d’utilisation autour d’un bois ancien
Si vous découvrez une pièce suspecte, ne la poncez pas, ne la sciez pas et ne la brûlez pas. Évitez également d’en faire un banc, une bordure de potager, un bac à sable ou un support que des enfants pourraient toucher régulièrement.
- Limitez le contact direct et tenez enfants et animaux à l’écart de la pièce.
- Ne produisez pas de poussière en la travaillant avec une scie ou une ponceuse.
- Ne brûlez jamais ce bois, ni à l’air libre ni dans un appareil domestique.
- Demandez conseil avant tout enlèvement à la déchèterie ou à un prestataire spécialisé.
Pour un bois déjà installé, évitez de le manipuler avant d’avoir identifié les règles locales de retrait. Si le matériau est endommagé ou si une exposition importante a eu lieu, demandez conseil à un professionnel compétent plutôt que d’improviser un nettoyage.
Comment reconnaître et éliminer un bois créosoté
Une couleur brun très foncé ou noire, une odeur goudronnée et une surface qui paraît grasse peuvent alerter. Ces indices ne suffisent pas à confirmer la présence de créosote : d’autres produits de préservation du bois peuvent donner un aspect similaire, et un matériau ancien peut avoir perdu une partie de son odeur.
En cas de doute, traitez la pièce comme un bois potentiellement imprégné. Prenez une photo, notez son origine si vous la connaissez, puis contactez le service local des déchets pour savoir où et comment la déposer. Les consignes de réception varient d’un territoire à l’autre.
Ne la mettez pas dans une benne ordinaire et ne la brûlez pas pour vous en débarrasser. L’élimination doit suivre une filière autorisée, car la combustion ou le broyage peut disperser des substances nocives dans l’air et les cendres.
Questions fréquentes sur le bois créosoté
Comment savoir si une traverse est créosotée ?
Une teinte très sombre, une odeur goudronnée et un aspect huileux sont des indices, sans constituer une preuve. En cas de doute, évitez de la travailler et demandez conseil à un service spécialisé.
Peut-on utiliser une ancienne traverse dans un potager ?
Mieux vaut éviter. Un bois traité peut laisser des résidus dans le sol et exposer les personnes par contact ; privilégiez des matériaux dont le traitement et l’usage sont clairement adaptés au jardin.
Peut-on brûler du bois créosoté dans une cheminée ?
Non. Sa combustion peut libérer des substances toxiques et contaminer les fumées et les cendres. Orientez-le vers une filière de déchets appropriée.
La créosote d’une cheminée est-elle la même que celle d’un poteau ?
Non. Dans un conduit, le mot désigne des dépôts formés par la condensation de fumées de combustion. La créosote de traitement du bois est un produit issu du goudron de houille, même si les deux situations appellent des précautions.
Je suis Élise Chabrier, rédactrice indépendante installée dans les Alpes-de-Haute-Provence. Ancienne animatrice nature, je partage ici ce que la montagne m’apprend au quotidien : les animaux, le potager en altitude, la cuisine du terroir et les plus beaux coins des Alpes du Sud. J’écris comme je jardine — avec patience, et sans produits artificiels.





